-  Antigone … Antigone ?

 

ANTIGONE : Qui es-tu ? Qui me parle ?

 

-  Je suis toi. Regardes ton miroir, regarde-moi en face, Antigone.

 

-  Je te vois. C’est vrai que je me vois et  je te vois aussi.

 

-  Qui es-tu Antigone ? Que t’arrive t-il ? Pourquoi te meures-tu ? Qu’y  a-t-il au fond de toi ?

 

-  Je suis au bord du gouffre… Je souffre … Je meure de trop donner d’amour, trop d’amour pour mon frère, trop d’amour pour mes amis, trop d’amour pour les gens ! Aujourd’hui, mon frère m’a trahi. Mon confident m’a déçue … Mon amitié pour l’océan m’a choquée...

 

Je ne suis rien qu’un grain de sable, une poussière d’étoile, une petite pierre  qui construisait son chemin. A cette heure ma vie n’a pas de vie. Ma vie n’a pas d’espoir ; ma vie n’a qu’une mort …

 

Mort préméditée par les hommes, par le pouvoir d’amour que je détiens. L’humanité se meurt sais tu ? Et d’appartenir à cette humanité me fait vaciller …

 

-  Je t’aimerai toujours ma petite Antigone … je ne veux pas que tu meures et ainsi je réécrirai ton histoire…

 

-  Mourir est mon destin…et tu le sais …

Le mot amour est mort, ainsi je dois mourir… Mourir pour dire « je t’aime »

 

…. Je t’aime…

 

Les hommes n’aiment plus ce mot ! Ou bien il le déforme …

 

Amour …mourir … humour…

 

Aime-t –on quelqu’un comme on aime le chocolat ? Le mot amour n’a pas qu’une seule signification. Et pourtant les hommes n’ont que ce mot à la bouche … mais ne l’utilisent pas ! ou du moins pas correctement…

 

Aimer son enfant plus que soi-même et avoir le pouvoir de mourir pour lui.

Aimer un ami, lui donner de la tendresse, se réfugier dans ses bras lorsque tu as de la peine. Ecouter ses joies, ses chagrins, ses progressions.

 

Aimer son chien, son chat, son poisson rouge, parce que l’on sait qu’il dépend de nous et que lui, il t-aime sans arrière pensée. Cet amour qu’il te donne, tu le partages avec lui mais il n’a pas de prix. Cet amour là ne s’achète pas, ne se vole pas. Non, il est gratuit !

 

Aimer le chocolat, la bonne chair. Aimer la nature, le vent qui te caresse le visage, le soleil qui te réchauffe, le bois qui crépite dans la cheminée, te racontant une histoire …

 

Aimer l’autre qui est différent, juif, noir, gay, gros, petit, maigre…

 

Aimer ce peuple car il se meurt…

 

Aimer… me fait mourir …

 

Et les hommes se gaussent de toutes mes pensées, de toutes mes ardeurs, de ce combat contre les injustices, les haines, les plaies du monde … Les hommes ne pansent plus les blessures, non …

Ils restent dans leur bonheur de sexes inassouvis. Amour pour eux ne se résume qu’à ça … Le sexe domine le monde … «  Amour se trouve au rayon sexe » ! Quelle horreur de dire ça !

 

-  Certains aiment véritablement d’un amour sentimental ! Tu exagères Antigone !

 

-  Pas de beaucoup ! Les quelques rares amoureux sont montrés du doigt. Comédie ! s’exclame t’on. Et les bouches amères dénigrent et salissent cet amour là.

Et cet amour les fait rire ! Or de cet amour primaire débute les autres amours…

 

Mourir d'aimer !

 

(Antigone rit puis se replie en chien de fusil et pleure)

 

(à suivre)