- Tu es noir, regarde toi

- Oui, missé, je suis noir, je le sais ! mais je veux travailler.

- Alors danse, danse le vaudou ! Sois noir jusqu’au bout.

- Mais, missé, je ne sais pas danser le vaudou.

- Alors joue, joue le jazz ! Sois noir jusqu’au bout.

- Mais, missé, je ne sais pas joué la musique.

- Alors chante, chante le blues ! Sois noir jusqu’au bout.

- Mais, missé, je ne sais pas chanter, et je n’ai pas le blues

- Alors ramasse, ramasse le coton dans les champs ! Sois noir jusqu’au bout.

- Mais missé, il n’y a plus de coton dans les champs

- Alors cueille, cueille les feuilles de tabac ! Sois noir jusqu’au bout.

- Mais, missé, les gens s’arrêtent de fumer.

- Alors, si je comprends bien, tu ne veux pas être noir !

La dessus, le noir, ruiné, s’asseoit face au soleil et rêve d’être blanc. Le blanc, lui, avec son argent, part en Afrique se faire noircir au soleil.

A son enterrement, il y a là le noir qui ne veut plus être blanc Il est devenu fossoyeur

- Alors, missé, es-tu content d’être mort en te faisant brûler ? Tu as été blanc jusqu’au bout.

Maintenant, tu es noir comme moi, mon frère !


Catherine Boyer